Je ne suis pas un mélomane.

Et ma connaissance de la musique classique se limite à quelques grands noms et à Erik Satie par temps de pluie. Disons donc que l’Auditorium de Bordeaux, inauguré en janvier 2013, était pour moi plus une curiosité architecturale qu’une réelle source d’intérêt culturel. Mais un jour, surgit dans ma timeline Facebook l’annonce de la venue du chef d’orchestre Maxime Pascal pour diriger l’orchestre National de Bordeaux lors de deux soirées exceptionnelles consacrées à John Adams et à Philip Glass.

Et alors ?

Je ne connais ni l’un, ni l’autre. Une vague recherche sur Google m’amènera dans les méandres de la musique classique contemporaine minimaliste venant des US et la BO du film The Truman Show.

Mon sourcil gauche frétille mais sans plus. Sauf que Maxime Pascal, je le connais un peu. Pas beaucoup hein, juste le temps de boire des coups illégaux et tardifs sur les plages du Cap-Ferret. J’étais saisonnier, il était vacancier. C’était marrant mais déjà à l’époque j’étais un peu honteux de mon inculture musicale. Quelques années plus tard, à Paris, j’ai essayé de comprendre son univers dans une église près de Châtelet où il se produisait avec son orchestre Le Balcon. J’en suis ressorti désorienté et loin d’être convaincu par le minimalisme dissonant. Même dans une église. Va savoir pourquoi, la curiosité intellectuelle l’a emporté cette fois sur la suspicion méfiante envers l’unanimisme culturel de nos élites (oui, je m’aligne sur le vocabulaire à la mode en ce moment).

Et j’ai bien fait.

Rien ne présageait que ce concert aurait lieu un peu moins de quinze jours après les tueries du 13 novembre à Paris et à la veille d’une clinquante Marseillaise sur l’esplanade des Invalides.

Autant vous dire qu’une dose de musique classique tombait à pic pour se remettre d’une semaine morose où nos cerveaux étaient anesthésiés par les commentaires de tout bord. J’insiste, de tout bord.

Et me voilà avec Glwadys, partenaire de choix culturels douteux, à l’Auditorium de Bordeaux.

Première surprise : nous sommes formidablement placés malgré une place en 3ème catégorie. Nous sommes assis dans les choeurs, c’est à dire face au chef d’orchestre, sans qu’il y ait un pylône ou un chignon proéminent pour nous gâcher la vue sur la scène.

Auditorium de Bordeaux

C’est un choix judicieux que nous avons fait car il me semble que l’intérêt d’aller voir de la musique classique en live repose à 50% sur la performance scénique du chef d’orchestre. Et avec Maxime Pascal aux baguettes (invisibles), c’est une évidence. Nous y reviendrons.

Deuxième surprise avec un léger bémol : la qualité du son. « On entendrait une mouche péter » comme dirait Glwadys. Et c’est vrai. J’arrive à un âge où nous entamons un processus de désapprentissage, où nous nous reposons sur nos acquis et où il est difficile, neurologiquement parlant, d’acquérir de nouvelles connaissances. Là mes amis, j’ai réappris la musique. J’ai redécouvert des instruments et leurs sons. Dans cette salle, finis le son compressé dégueulasse et sans profondeur de nos lecteurs MP3 et playlists sur Spotify, vous entendez tout et c’est un véritable exercice pédagogique et ludique comme lorsqu’on vous apprend à retrouver la banane et le chocolat dans un verre de vin. C’est merveilleux. Le bémol vient d’une intuition et de mon esprit de contradiction : un son parfait ne tend-il pas à la standardisation de l’acoustique des salles leur faisant perdre leur spécificité et leur charme ? Cette question s’adresse aux connaisseurs parmi vous. Vous avez 2h en commentaire de ce billet et en deux parties pour les étudiants de l’IEP. Merci.

Troisième surprise (mais est-ce que c’en est vraiment une) : la petite fessée culturelle que je n’ai pas venu venir, promis. On commence en douceur avec la musique de John Adams, le papa du genre et Chad Hoopes, un jeune violoniste virtuose qui apparemment va se marier avec Glwadys bientôt (acquiescez poliment, ça lui fera plaisir). Musique extrêmement visuelle, on se balade dans un film, le nôtre. C’est cool et je vous dis ça en ayant honte de vous déblatérer des banalités. Vient ensuite, Philip Glass et The Light.

Et là, je décolle littéralement de mon siège, mon cerveau me fait une déclaration d’indépendance unilatérale. Ok, il y a cette musique, répétitive, joyeuse, malicieuse, qui vous laisse en suspens vous faisant croire à la chute alors que vous n’aviez pas encore atteint le sommet (et pourtant vous étiez déjà très haut) et il y a la performance scénique de Maxime Pascal. Le mec ne dirige pas un orchestre, il danse et en faisant cela, il empêche les musiciens et le public de s’échapper ne serait-ce que pendant une seule seconde d’inattention. C’est implacable. Enfin non c’est faux, vous êtes plaqué dans votre siège. C’est la panique car l’émotion arrive de partout. Elle est sonore, dans tous les recoins de la salle, elle est visuelle. Putain, le mec dirige son orchestre en dansant comme si il écoutait de la musique électro ! Et c’est évident, limpide dans toute la complexité instrumentale qui s’offre à nous. Je n’ai rien fumé, je n’ai même rien bu mais j’ai atteint une dimension que j’avais à peine esquissé du bout des doigts jusqu’à présent.

Alors quoi ? A 30 ans, je découvre la musique ?

Peut-être et ça fait un bien fou de se dire qu’il nous reste des choses à voir, à apprendre, à découvrir et que notre avenir, nos perspectives, nos espoirs ne se bouchent pas dans une France brune fond de chiotte mal récurée ou la mort dans une salle de concert. A l’Auditorium de Bordeaux, il y avait la vie. Ayez au moins la curiosité d’aller voir à quoi ça ressemble avant qu’il ne soit trop tard.

Infos pratiques

Auditorium de Bordeaux

9-13 cours Clémenceau

33000 Bordeaux

Infos, contacts, programmation et réservation : http://www.opera-bordeaux.com

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4 commentaires sur “Une fessée à l’Auditorium de Bordeaux

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