Parce qu’à Bordeaux, il y a un Grand Théâtre et que c’est une des plus belles salles de France, sur un coup de tête je me paie un Opéra à 8 euros. Récit.

Tu vois, dans la vie, il y a deux catégories de personnes.

Celles et ceux qui font l’éloge des petites choses du quotidien, qui font tout un foin de leur première gorgée de bière ou des madeleines de leur grand-mère, missionnaire impeccable et tri sélectif, et celles et ceux qui ont besoin d’exalter leur quotidien, de le mettre en scène, d’exagérer un peu le cours des évènements, celles et ceux qui ont un sens tragique des choses, drama queen et blablabla.

Mais en fait les choses ne doivent pas être aussi simples car je me rends compte que je suis un peu des deux. Je suis la terreur des Chartrons en matière de gestion des poubelles et j’adore le théâtre. Et justement, une des choses que je me suis promise de faire avant mes 30 ans, c’est d’aller voir un Opéra. Bon à l’époque, lorsque j’étais encore Parisien, je rêvais secrètement d’attendre la belle sur les marches de l’Opéra Garnier en costume trois pièces avant de l’emmener sous les dorures du Palais et lui faire visiter les coulisses clandestinement, une bouteille de champagne à la main. Le tout en Noir et Blanc.

Je vois déjà les quelques irréductibles qui sont restés à Paris se frotter les mains : « Ah tu vois, Paris c’est peut-être cher et pollué mais au moins on a l’Opéra et une offre culturelle au top ». Et là je me marre parce que ce sont les mêmes qui continueront de payer un loyer indécent et qui ne foutront jamais les pieds à Garnier.

Oui les amis, à Bordeaux il y a un théâtre, il n’y en a pas qu’un mais il y en a un Grand.

Et ce soir-là, j’apprends que l’on joue Dardanus de Jean-Philippe Rameau. Je ne connais ni l’un, ni l’autre. Je comprends vaguement que c’est de la musique baroque, que c’est un Opéra, que ça dure 3h30 mais surtout, surtout, que le metteur en scène s’appelle Michel Fau.

Si vous n’êtes pas un théâtreux ou une théâtreuse, Michel Fau est un comédien et un metteur en scène. Vous l’avez peut-être aperçu dans sa parodie de Carla Bruni lors de la Cérémonie des Molières en 2011. Ce que vous devez savoir c’est que c’est un fou de chant lyrique, d’alexandrins, de costumes extravagants et qu’il vient lui aussi du Lot-et-Garonne. Oui, je sais ça fait beaucoup de qualités et donc pour moi, beaucoup de raisons de prendre mon billet pour le soir même, sauf que…

Sauf que… une telle tête d’affiche attire forcément du monde et je risque de trouver un spectacle complet.

Et puis, une place d’Opéra ça coûte cher. Oui je sais, il y a des tas de formules d’abonnement, des réductions pour les étudiants et pour les demandeurs d’emploi qui sont franchement intéressantes, mais on ne rentre pas forcément dans toutes les cases et là, j’ai envie d’aller à l’Opéra, ce soir, maintenant, parce que c’est la dernière et en plus, je n’ai pas envie de me ruiner.

Comment je fais ?

Comme à Paris place de la Madeleine, il y a à Bordeaux un kiosque où vous pouvez trouver des places pour un spectacle le soir même à prix cassé (en général 50% de réduction). Le site internet annonce aussi des places à 8 euros pour les moins de 26 ans et pour les demandeurs d’emploi. Je me rends donc aux Allées de Tourny vers le milieu d’après-midi, soit à peine quelques heures avant le spectacle.

Et là…

Non, pas de miracle : on m’annonce que pour cet Opéra, le Grand Théâtre ne leur a pas laissé de places. Je me dirige donc vers la billetterie du Grand Théâtre pour tenter un approvisionnement à la source et une affaire de dernière minute.

Et là…

Pas de miracle non plus. On me propose toutefois des places à 8 euros « mais on y voit rien » me dit-on. Ah ? On vend des places où on y voit rien ? Curieux. Je tente quand même l’expérience.

Arrive le soir.

Le Grand Théâtre de Bordeaux

J’ai mis une chemise et des bretelles. Je gravis les quelques marches du Grand Théâtre. Me voici dans un grand hall avec des colonnes majestueuses qui précèdent un magnifique escalier en pierre, en pierres bordelaises, claires et superbement éclairées. Je manque d’être aveuglé. A tel point que j’ai de la peine à reconnaître mes anciens professeurs de l’IEP de Bordeaux, apparemment venus nombreux ce soir-là. J’achète un programme vite fait (8 euros), je me dis qu’au pire faute d’y voir quelque chose, je pourrais toujours suivre avec les images.

Le Grand Théâtre de Bordeaux

Je grimpe les marches du grand théâtre.

Tout le monde s’observe. Je savoure et marche solennellement en rendant des sourires polis à la bourgeoisie bordelaise. Bretelles effect. Je grimpe les étages. La placeuse me place. Je suis tout en haut, sur le côté, vue plongeante sur le tout Bordeaux, sur le monde. Pleine vue sur le lustre majestueux et le plafond. Cette salle est bouleversante, exubérante. Je ne verrai peut-être rien au spectacle mais c’est pas grave, je suis déjà sans voix.

Si tu as le vertige abstiens toi

Si tu as le vertige, abstiens-toi

Voilà c'est le lustre

Voilà c’est le lustre

L’orchestre accorde ses instruments.

Entrée du chef, le jeune Raphaël Pichon (il n’a que 30 ans le salaud). Applaudissement. Je dois me pencher légèrement sur la balustrade pour voir la scène. Mais je vois tout et très bien même. On se marre avec mes voisins, un petit couple charmant. Nous sommes beaucoup trop bien habillés pour des places à 8 euros mais on assume. Je crois qu’ils n’y connaissent rien non plus à l’Opéra car ils s’étonnent et s’extasient des mêmes choses que moi. Je suis un peu soulagé : au moins je ne serai pas le seul à applaudir quand il ne faut pas.

Un autre couple arrive en retard et s’installe bruyamment. Le type a l’air excédé. Ils ne reviendront pas après l’entracte. L’entracte justement. Elle est bienvenue celle-là. Je suis un peu le mouvement de foule et me dirige vers un grand salon, avec d’autres grands lustres majestueux, des peintures, des dorures, des bouteilles de champagne. Tiens si j’en piquais une ?

Le Grand Théâtre de Bordeaux

La machine à café

Ouais ils ont soif

Ouais ils ont soif

Je regarde par la fenêtre. Vue sur le Grand Hôtel. Je me ballade de grappes en grappes de gens et écoute leurs conversations et leurs commentaires. Une porte est entrouverte. J’entre alors dans un autre salon, un peu plus petit, vide et éclairé seulement par les lampadaires de la rue du Chapeau-Rouge. Il y a des statues et des miroirs. Si seulement la belle avait été là…

The secret room

The secret room

deuxième secret room mais le Monsieur ne veut pas que je rentre

Deuxième secret room mais le Monsieur ne veut pas que je rentre

Deuxième round. Des costumes de dingue, un parti pris shakespearien, de l’exubérance dans la salle et sur scène, du lyrisme, du drame, de la tragédie, un monstre ridicule, du grand Michel Fau comme j’aime. Applaudissements et la salle qui se vide tout doucement.

Verdict.

Le Grand Théâtre de Bordeaux fait bel et bien parti des plus belles salles de France. La place à 8 euros est un peu sportive : je vous conseille de choisir celles qui se trouvent au bord, sur la balustrade, pour que vous puissiez vous y pencher allègrement et profiter de l’intégralité de la scène. Sportif certes mais ça se fait. Et franchement pour 8 euros, entre les dorures du Théâtre et le pop corn mastiqué par votre voisin au ciné, j’ai fait mon choix.

Infos Pratiques

Le Grand Théâtre de Bordeaux 

Place de la Comédie

33000 Bordeaux

Le site internet : www.opera-bordeaux.com

Réservations

Au guichet du mardi au samedi de 13h à 18h30.

Par téléphone au 05 56 00 85 95 (mêmes horaires).

Sur internet : ici 

Le Kiosque Culture de Bordeaux 

Allées de Tourny

33000 Bordeaux

Le site internet : ici 

Téléphone : 05 56 79 39 56

Ouvert du lundi au samedi de 11h à 18h et tous les premiers dimanche de chaque mois.

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