Le vin d’ici vaut mieux que l’eau de là

Les nouveaux Bordelais que nous sommes n’ont pas connu le Casa Pino, institution du quartier Saint Michel, étendard de la cuisine populaire aux accents portugais. Il a fermé en octobre de l’année dernière.

Le quartier étant en pleine effervescence, en pleine gentrification diront certains à juste titre, l’enseigne a vite été remplacée par un autre restaurant, le Champoreau. Façade revue et visitée avec un gris moderne, les vieux de la vieille du quartier pouvaient s’attendre à l’ouverture d’un lieu branché, déguisé en magasin suédois et peuplé de barbus qui ne savent ni boire ni manger.

Ils ont tord.

Façade du Champoreau - restaurant à Bordeaux

C’est avec une émotion non contenue que je vous parle de ce restaurant. Je fais caca sur la « gastronomie française » et ses codes, la patate taillée façon CAP et qui courent après trois petits pois qui sous prétexte qu’ils viennent de la ferme d’à côté vous coûtent une fortune. Je fais caca sur ces chefs « populaires » qui donnent des leçons à la télé à la ménagère en voulant lui imposer leur façon de voir le monde et la cuisine tout en faisant croire aux gogos que leur cuisine c’est celle de leur maman. Je fais caca aussi sur le minimalisme de vos décos sans âme à l’image de vos assiettes, vos comptes instagram calibrés et vos additions salées. Je fais caca aussi sur ceux qui s’imaginent se racheter une conduite à coup de « bistro de quartier » en faisant volontairement simple mais pas bon pour faire genre, en faisant mine de t’offrir le café alors que tu as payé tes frites une fortune, en singeant le populo parce qu’en France l’ouvrier c’est vintage et donc ça rapporte. La lutte des classes gronde en sourdine dans ce pays et elle va te péter à la gueule au printemps.

En attendant, tu dois prendre des forces, reprendre vie et courage dans un lieu qui rassemble tout ce que tu peux souhaiter pour un restaurant : des bons produits, une bonne cuisine, des petits prix et une équipe authentiquement gentille. Ça ne s’invente pas, ça ne se singe pas, ils ont fait cet endroit à leur image, ils cuisinent comme ils sont, ils te sourient en partant, touchés par le compliment que tu viens de leur faire sur ce pâté au porto maison et ces œufs au lait qui pourtant ne payait pas de mine mais qui m’a plongé dans des souvenirs que je croyais oubliés.

13 euros. Entrée-plat-dessert-café-1/4 de vin à midi du lundi au vendredi.

C’est pour ceux qui bossent, pas les tocards du week-end qui se lèvent à 13h en te donnant des leçons et des diagnostics sur ce qu’il faut faire en France.

A ce prix là, tu t’attends à une vielle bavette, une mousse au chocolat métro, des œufs mimosa tout sec et une piquette en pichet. Mais en fait, tu auras par exemple, le pâté dont je te parlais, des lentilles saucisse simples mais efficaces, les fameux œufs au lait et et et un vin bio loin d’être dégueu. Je pleure de joie à la fin de chaque plat, j’ai envie de prendre dans mes bras le serveur qui s’est déjà plié en quatre pour essayer de nous faire rentrer avec la poussette. C’est copieux, c’est savoureux et ça l’est d’autant plus qu’on ne serre pas les fesses en craignant l’addition à la fin !

Chaud froid de thon pané au épices - Le champoreau restaurant à Bordeaux Pâté maison au Porto - Le Champoreau restaurant à Bordeaux

Et voilà deux copains qui débarquent. Nous sommes jeudi midi et ils se tapent la côte de bœuf entre deux rendez-vous. Elle arrive. Elle est belle et ses os à moelle sont magnifiquement coupés dans leur longueur faisant apparaître leur suc généreusement gras. Je me serai bien assis à côté d’eux si je ne sortais pas moi-même de table.

Le sol, c’est un vieux carrelage imitation marbre. Les tables sont celles du bistro parisien où tu te fais engueuler par un serveur et ses brettelles. La seule note branchouille, ce sont les tableaux qui sont exposés et les dessins de marins tatoués pour se donner un genre canaille. Le bar est là, dans le prolongement de l’entrée. Il donne envie de s’y attarder et de regarder le quartier défilé.

Mais non ! Non ! Pas de mise en scène, pas de posture !

Tu vas t’y accouder à ce comptoir et tu vas y boire ton ballon de rouge avec les copains parce que cet endroit c’est un théâtre vivant, pas une vitrine sur papier glacé, ce bar transpire déjà la vie, la fête, ce bar c’est Mélenchon pas Macron, ce bar il gueule, il t’engueule, te nourrit, te construit.

Alors vas-y ! Emmène ta meuf, ta maîtresse ou les deux en même temps, ta mère, tes enfants, ton père parce que c’est aussi la table des garçons, des générations qui passent le flambeau, tu vas y emmener tes potes et leur faire des bisous parce que ça faisait longtemps, tu vas rire fort, à gorge déployée, tu vas remercier cette équipe du fond du cœur, du fond de tes tripes, invoquer tes plus beaux souvenirs, les mettre sur la table, partager ton assiette, trinquer et vivre enfin car si il y a encore de l’espoir en France en 2017, le Champoreau l’incarne à merveille.

Champoreau : Le mot est une adaptation française de l’espagnol populaire champorro, signifiant « mélange, mixture » (dérivé du verbe chapurrar : « mélanger des liquides »). Le terme espagnol désigne à l’origine un mélange de liqueurs. Source : Wikipédia

Carte du Champoreau restaurant à BordeauxMenu du midi du Champoreau restaurant à Bordeaux

Infos pratiques :

Le Champoreau

40 rue Traversanne

33800 Bordeaux

05 56 31 96 48

Ouvert midi et soir tous les jours sauf le lundi. Uniquement à midi le dimanche.

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4 commentaires sur “I had a dream, Le Champoreau l’a fait

  • 4 mars 2017 à 17 h 17 min
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    Article excessivement mal écrit vous desservez ce Restaurant en affichant vos avis politique avec vulgarité… La grande tirade dans laquelle vous nous expliqué que vous faites caca sur tout on s’en serait passé !

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    • 4 mars 2017 à 18 h 10 min
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      Bonjour Julien,
      Pour votre information, il s’agit d’un blog pas d’un guide michelin : l’expression y est donc libre et j’assume parfaitement la subjectivité de tous ce qui y est publié.
      Que le ton et les commentaires vous déplaisent, j’en suis navré. Pour ce qui est des conséquences sur la réputation de l’établissement, je préfère m’en remettre à l’avis du chef et propriétaire des lieux qui au regard de ce qu’il m’a écrit, a plutôt eu l’air d’apprécier.
      En vous remerciant pour votre lecture critique,
      cordialement,

      Antoine

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  • 27 mars 2017 à 15 h 03 min
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    Miam ca donne fin tout ça. Je pense que je vais aller découvrir de ce pas ce petit resto. Merci beaucoup pour ces bons plans. N’hésite pas à en poster plus souvent (et également sur les bars à Bordeaux car les bonnes adresses ne sont pas hyper nombreuses). J’avoue que c’est plus mon secteur donc ca me ferait plaisir d’avoir tes avis sur les bars à Bordeaux. Merci Antoine

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    • 27 mars 2017 à 21 h 58 min
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      Avec plaisir ! merci pour votre lecture ! Avec deux bébés à la maison, on ne fréquente pas les bars autant que nous le souhaiterions mais ça viendra !
      A bientôt,
      Antoine

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